Le Kharkhiraa, un trek de yourte en yourte

Avant de mettre le cap à l’Ouest et de rentrer via le Transsibérien, un dernier trek en Mongolie nous attend. Une dizaine de jours au plus près de l’âme nomade dans les montagnes du Kharkhiraa.

Le Massif du Karkhiraa

Des moutons, un cavalier, un aigle, un homme sur sa moto : nous voici enfin arrivés dans le massif du Kharkhiraa, à l’Ouest de la Mongolie.

Quittant la prairie entourée par des montagnes dont l’ombre se joue d’un vert kaki, nous marchons au bord de la rivière avec quelques pins comme voisins. Dans cette vallée, je m’enivre déjà des grands espaces où mes pensées peuvent se perdre sans crainte. Toute la journée, la mélodie de l’eau nous accompagne. Sous un soleil encore chaud, nous partons nous offrir un bain de luxe dans la rivière.

J’ai l’impression d’arriver à l’accord parfait entre le désert du Pamir et les prairies bucoliques du Kirghizistan. J’en ressens une intense pulsion de vie. Libre comme rarement, mon corps se déconnecte, pour de vrai.

De retour au camp, les nuages se font menaçants. D’un coup, des trombes d’eau s’abattent sur nous. Vite, on court se réfugier sous la tente. L’orage gronde. Un livre entre les mains, emmitouflés dans nos duvets, on remercierait presque la pluie de tomber.

Puis, le soleil revient, à la plus belle heure. Chaque arbre, brin d’herbe ou cailloux se dore de lumière. Entre les arbres, un cavalier passe. Casquette Adidas sur la tête, costume traditionnel bleu royal et bottes de sept lieues, un bon rire accompagne chacun de ses mots. Nous le quittons sur un air jovial.

Trek en Mongolie vers les sommets enneigés

Nous avançons maintenant vers les sommets enneigés. Un jeu d’ombres et de lumières subliment les prairies vallonnées sur lesquelles les troupeaux se rassemblent. Un lac à l’eau turquoise apparaît au détour d’une colline. En haut, des drapeaux de prières bouddhistes flottent au vent. Là où je ne l’attendais pas, la route de la Soie apparaît, à nouveau.

La journée touchant à sa fin, je m’assois au dessus du lac, dans l’espoir que le soleil s’échappe des nuages une dernière fois. Peu à peu, je vois ses rayons arriver. La terre devient or, le lac troque son triste noir pour un bleu nuit, les pierres se transforment en bronze et la neige retrouve son éternelle blancheur. Dans le ciel, des sombres nuages traversent un ciel clair. Pendant quelques minutes, je côtoie le magnifique. Et puis, tout redevient normal, le divin s’en est allé.

Après le dîner, nous ne manquons pas de rendre visite à la yourte voisine, un rituel désormais. L’orage arrive après nous. Le poêle est brûlant, la lumière branchée et la télévision cette fois-ci éteinte. Seuls les cris des enfants et le tonnerre brisent ce silence craignant la foudre. Dehors, notre tente doit se sentir bien seule.

Une accalmie nous autorise à sortir pour rejoindre notre bivouac. Une ardente lumière transperce les nuages chargés de pluie. Les cavaliers descendent de leur cheval, leur journée se termine. Dans leur costume bleu et violet, ils rentrent, selle à la main. Le retour des guerriers à la fière allure, sortis vainqueurs de la tempête.

Au matin, je marche dans mes songes. Je suis ailleurs, encore dans mes rêves. J’avance doucement, pour éviter de vraiment me réveiller.

Le camp installé, nous sommes invités pour voir la finale de lutte de Naadam. Au centre de la yourte, le maître des lieux nous attend. Bouteille de vodka à ses pieds, le vieillard rieur lance une première tournée (enfin, lui n’en est pas à sa première…). Le verre circule de mains en mains et gare à celui que se défile. A la nuit tombée, il vient nous rendre visite avec un mot d’ordre : venez dormir sous la yourte. La chaleur du foyer ou une nuit glacée, le choix est vite fait. A neuf à l’intérieur, nous sommes tous allongés, l’un contre l’autre. Mon nez respire l’aisselle du voisin mais franchement, qu’est ce qu’on est bien. Dehors, les chiens aboient. Les loups sont proches, nous disent-ils. Cela me paraît normal. Au milieu des conversations de nos voisins, je me sens loin. Mais je crois que je ne réalise pas vraiment. Et c’est bien mieux comme ça.

Étendues sauvages

Le lendemain, les longues étendues vertes nous attendent lors de notre trek en Mongolie. Au début, cette grandeur que rien n’arrête s’empare de moi. Le bout du chemin me paraît même proche, tout proche. Le temps passe : les pieds s’enlisent dans les marécages, la faim s’incruste dans mon estomac et ce satané horizon semble maintenant toujours plus loin.  Je n’ose presque plus lever la tête, l’immensité s’est moquée de moi.

Au neuvième jour, nous avançons sous un ciel couvert.  Les montagnes, hier d’un vert éclatant, sont devenues sombres. Les nuages gris avancent au loin. Un bout de ciel bleu tente une apparition, de courte durée. La rivière dévale avec fracas et un sommet s’illumine dans la pluie. Chacun marche sans dire un mot. L’ambiance est mystérieuse, presque mystique ou mélancolique. C’est selon.

Nous retrouvons les collines de pins et le chant des criquets. Allongé dans l’herbe, je regarde les nuages qui se rencontrent et se séparent avec la vitesse des vagues un jour de tempête : le ciel s’est transformé en écume de mer.

Demain, nous retrouvons la ville. Dix jours à marcher au rythme du soleil et je n’ai pas vu le temps passer. De yourte en yourte, j’ai plané au dessus des grands espaces. J’en ressens une telle plénitude que je crains le retour au réel, comme si le voyage allait se terminer.

Lorsque les nomades nous quittaient, cela se faisant sans un mot, sans un geste, sans aucune effusion. Alors je ferais de même avec le Kharkhiraa.

Arthur

Faites comme Arthur et partez sur ce trek en Mongolie.

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