Les chemins verts du Kirghizistan

Les déserts arides du Tadjikistan derrière nous, la mythique route du Pamir (la M41), nous emmène au Kirghizistan, entre yourtes, prairies bucoliques et sommets enneigés.

Un lever de soleil sur le Pic Lénine

Le soleil éclaire la yourte : je me lève doucement. Dehors, un tendre ciel bleu nous entoure, sans un nuage à l’horizon. Le Pic Lénine apparaît, du haut de ses 7 134 mètres d’altitude. Un seigneur vêtu de blanc. Il règne sur ces vertes prairies et ces lacs où se reflètent sa grandeur. Au loin, d’autres montagnes forment un fil suspendu dans les airs. Je m’assois en haut d’une colline. Les oiseaux passent en chantant. Un cri de marmotte et en voilà trois qui se mettent à courir. De la yourte en bas, une fumée s’échappe. Une poussière de nuage passe. Et puis, rien ne bouge.

 

Trek avant l’orage au lac Song Koul

Au lever du jour, une prairie chauffée par le soleil s’étend près du lac Song Koul. Sur la colline environnante, les chevaux passent au galop. Leurs ombres traversent les sommets au loin. Le ciel d’un bleu très clair, semble lui aussi se réveiller doucement.
Après avoir passé les nombreuses yourtes, nous entrons dans un paysage de steppes où l’horizon cherche un lieu d’arrêt. Comme avec certaines musiques, la marche me transporte : mon esprit part dans ses pensées et revient, de temps à temps, sur ces chemins de Song Koul.

 

Nous longeons à nouveau le lac qui a des allures de mer d’altitude. Pour quelques degrés de plus, on s’y baignerait. Enfin, c’est ce qu’on dit.
Coincée entre les vertes collines, une dizaine de yourtes sont installées entre les boutons d’or et les pissenlits.  De l’une d’elle, une fumée s’échappe : une forte odeur de mouton s’en dégage. Devant, un petit garçon veille sur sa sœur. Les deux sont sur un cheval, tout naturellement. Bucolique, voilà le mot qui caractérise ces bords du lac.
 

 

En fin de journée, de sombres nuages nous menacent. Mais des éclaircies subliment la vallée : entre quelques gouttes de pluie, la terre s’illumine.
Nous arrivons juste à temps sous une yourte, invités à partager le repas de la famille qui nous accueille, avec leurs amis. L’un d’eux est ce vieil oncle qui raconte toujours des blagues. Tout le monde rit, nous compris. Le ciel gronde, les éclairs traversent le ciel et nous écoutons ces histoires drôles, un verre de thé fumant sur la table. Ces moments imprévus sont savoureux. L’espace d’un court instant, les barrières et les frontières semblent disparaître… Chassées par l’orage.

 

 

Tach rabat, à quelques pas de la Chine…

 
Il est six heures lorsque le réveil sonne. Nous sommes sous la tente, laquelle est dans le salon de notre bergerie de fortune. Dehors, le ciel est dégagé mais il fait encore très froid. L’herbe est gelée par endroits. Dernière tomate, dernier concombre et dernière moitié de pain. C’est parti ensuite pour une randonnée jusqu’au lac de Tchartyr Kul.
Dehors, il n’y a personne. Le premier camp de yourtes est à deux bonnes heures de marche. J’ai l’impression que les sentiers de randonnée, la rivière et la crête enneigée au loin nous sont provisoirement offerts. Sur le chemin, quelques marmottes s’éveillent peu à peu et animent la vallée entière des échos de leurs cris. Elles nous espionnent avant de plonger dans leur tanière. J’en ris, intérieurement. Après une heure de marche, deux magnifiques aigles déploient leurs grandes ailes à quelques mètres au-dessus de nos têtes. J’en reste bouche bée. S’en suit une éprouvante montée en direction de l’unique col à franchir. Dans ces moments, se perdre dans ses pensées est un excellent remède à la douleur qui envahit un corps qui tarde à se mettre en marche. A quatre mille mètres, il manque un peu de diesel pour chauffer la machine humaine.

 

 

Le col est enfin franchi. Il fait un froid glacial, tant le vent souffle. En contrebas, le lac de Tchatyr Kul s’étire sur plusieurs kilomètres. Il est protégé par une chaîne de montagnes au Sud. Le soleil est radieux, et le ciel d’un bleu immaculé. Nous descendons le col en direction d’une colline qui offre une vue panoramique sur le lac et ses environs.
 

 

De là, j’aperçois une route empruntée par les voitures. A quelques centaines de mètres au sud du lac se trouve la frontière chinoise. Il y a même un poste frontalier pour se rendre en Chine. Je repense à Kachgar, qui devait être la destination finale de ce voyage. Je repense aussi à ce caravansérail à Tash Rabat, qui devait relier si aisément la Chine aux contrées d’Asie centrale, probablement par cette même route que l’on a empruntée. Quel dommage de ne pouvoir poursuivre notre chemin comme prévu. Nous poursuivrons donc notre route de la Soie en Mongolie, au plus près de l’âme nomade.
Arthur

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